Winckelmann et l'œuvre d'art. Matériaux et types. Un événement scientifique de l'INHA et du CAHA-DFK

Robert Macpherson (1811-1872), Antinous - bas relief, Villa Albani, vers 1860, Tirage sur papier albuminé, The J. Paul Getty Museum, Los Angeles

L’Institut national d’histoire de l’art (INHA) et le Centre allemand d’histoire de l’art-DFK Paris (CAHA-DFK) organisent ensemble, les 26 et 27 novembre prochains, un colloque dédié à Johann Joachim Winckelmann (1717-1768). Cet évènement, intitulé Winckelmann et l’œuvre d’art. Matériaux et types, s’insère dans les commémorations du 250e anniversaire de la mort de celui qui est considéré comme le père de l’histoire de l’art. Il se déroulera sur deux jours et réunira des communicants venus d’institutions du monde entier, qu’ils soient spécialistes de l’époque moderne ou de l’Antiquité. Son originalité vis-à-vis des nombreuses expositions et conférences prévues organisées en 2017-2018 est de ne pas appréhender la figure de Winckelmann sous l’angle de la thématique du « Beau idéal », comme cela a souvent été le cas, mais de questionner le rôle de la matérialité et des genres artistiques dans le regard que portait ce dernier sur l’art antique. Il s’agit là d’une approche novatrice qui, jusqu’à présent, a été peu envisagée par les historiens de l’art s’intéressant à l’étude des objets de l’antiquité au XVIIIe siècle.

Vie et œuvre de J. J. Winckelman. Un bref historique [1]

Johann Joachim Winckelmann naît à Stendal (Prusse) en 1717. Il étudie la d’abord la théologie puis devient bibliothécaire dans le château de Nöthnitz (Saxe). Il s’installe ensuite à Dresde où il se prend de passion pour les sculptures de marbre antique. Son premier ouvrage donne le ton de ce qui deviendra bientôt une œuvre incontournable : l’art antique y est considéré comme le paroxysme de la beauté, par la « pureté » des formes et du trait. C’est toutefois son installation en Italie, à partir de 1755, qui fait de Winckelmann l’un des plus grands connaisseurs de l’art antique et qui lance sa carrière d’érudit. Visitant les grandes collections de l’époque (Farnèse, Giustiniani, Ludovisi, Barberini, Borghèse, Mattei, Negroni), il assiste aussi aux premières fouilles archéologiques, celles d’Herculanum, de Pompéi et de Stabies ; il publie alors, coup sur coup, deux rapports depuis lors passés à la postérité [2]. Ses travaux les plus célèbres sont la publication de la collection de pierres gravées du Baron Philipp von Stosch, celle de l’Histoire de l’Art chez les Anciens et des Monuments inédits [3].

Le colloque

Le colloque aura pour but de questionner le rôle joué par la matérialité des œuvres dans la constitution et l’étude des collections d’antiques au XVIIIe siècle. Il s’intéressera également aux genres privilégiés par Winckelmann (par exemple la statuaire anthropomorphe, la sculpture animalière, les petits bronzes, la peinture et les pierres gravées). Une attention particulière sera accordée aux relations existantes entre la théorie sur les œuvres d’art antique et la pratique. À titre d’exemple, ce questionnement sera développé dans la communication de Milovan Stanic à propos du « Winckelmann français », Quatremère de Quincy (1755-1849). Dans « Making Sense of a Lost Art », Jeffrey Collins examinera à travers le cas de la peinture comment les théories de Winckelmann ont été prises en compte ou non par les praticiens. En ce qui concerne les genres, plusieurs présentations porteront sur des thèmes encore peu étudiés par les historiens de l’art s’intéressant à Winckelmann malgré une littérature abondante au sujet de cette figure emblématique. Ce sera le cas, entre autres, de Claudia Mattos Avolese dans sa communication intitulée « Winckelmann’s concept of allegory and the paragone of the arts » et de Caroline van Eck dans « The Cavaliere of the Candelabra », une contribution portant un regard novateur sur le concept de l’authenticité des œuvres à cette époque. Enfin, l’importance des matériaux, en lien avec les découvertes archéologiques de la première moitié du XVIIIe siècle et la prise en compte renouvelée des techniques, sera abordée sous divers angles de vue. Lorenzo Lattanzi, liant l’iconographie à son support matériel, cherchera ainsi à reconstituer les enjeux esthétiques et herméneutiques d’une gemme en cornaline de l’ancien musée Farnèse.

L’exposition-dossier

Afin de mettre en valeur les collections liées à la vie et à l’œuvre de Winckelmann et conservées par la bibliothèque de l’INHA, une exposition se tiendra parallèlement au colloque en salle Labrouste, du 22 au 30 novembre [4]. Il sera possible d’y découvrir les principaux écrits du père de l’histoire de l’art mais également ceux de quelques-uns de ses contemporains,  permettant d’entrevoir le contexte culturel et intellectuel dans lequel Winckelmann initia ce qui fut par la suite considéré comme une révolution épistémologique.

L’exposition sera ouverte aux participants du colloque (une visite est prévue le 27 novembre à 18h30) ainsi qu’aux usagers de la bibliothèque. Elle suivra un fil qui conduira d’abord le visiteur à découvrir les courants de pensée de l’époque en matière d’art antique, qu’il s’agisse des écrits du Comte de Caylus [5] ou ceux de Mariette [6], puis la Rome du XVIIIe siècle. On y observera la tendance très moderne de ces précurseurs à répertorier et à classifier, à la manière de leurs confrères naturalistes [7], ces objets fraîchement mis au jour par les fouilles archéologiques, comme celles de Pompéi ou d’Herculanum. On s’orientera ensuite vers la vie de Winckelmann, puis vers sa production littéraire, ses réflexions personnelles, ses échanges avec les intellectuels de son temps. La sélection des ouvrages a été effectuée avec les conservateurs responsables des collections [8]. Un livret avec les notices des documents sera disponible sur place, et une tablette sera également mise à disposition du public souhaitant connaître le détail des ouvrages, depuis leurs caractéristiques typométriques jusqu’au commentaire de leur contenu.

L’exposition virtuelle

Une version virtuelle de l'exposition dossier sera consultable en ligne. Elle permettra de visualiser des documents que les impératifs de conservation ne permettaient pas de présenter en vitrine. En naviguant d’un document à l’autre, le visiteur pourra retrouver les thèmes qui guident l’exposition physique mais également disposer des notices détaillées présentées dans le livret [9].

Notes

[1] Ce paragraphe est une synthèse de l’introduction du livret de l’exposition. Le travail de recherche revient à Daniela Gallo et à Cécile Colonna que nous tenons à remercier tout particulièrement ici.

[2] WINCKELMANN J. J., Sendschreiben von den Herculanischen Entdeckungen, 1762 ; Nachrichten von den neuesten Herculanischen Entdeckungen, 1964

[3] WINCKELMANN J. J., Description des pierres gravées de feu Baron de Stosch, 1760 ; Geschichte der Kunst des Alterthums, 1764 ; Monumenti antichi inediti, spiegati ed illustrati, 1767

[4] Nous adressons un grand merci à Elsa Nadjm et à Marine Acker, du service des manifestations scientifiques, sans qui cette exposition n’aurait pas pu voir le jour. Nous remercions également le service de la communication pour avoir fait connaître cet évènement, avec une mention spéciale pour Marc Riou qui a réalisé les cartels et les livrets.

[5] CAYLUS A. C. (comte de), Recueil d’Antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines, 7 volumes, Paris, Chez Desaint & Saillant, 1752-1767

[6] MARIETTE P. J., Traité des pierres gravées, Paris, chez P. J. Mariette, 1750

[7] Par exemple Antoine Lavoisier (1743-1794)

[8] Nous adressons à ce titre un remerciement tout particulier à Juliette Robain et à Christine Ferret qui ont travaillé à la sélection des ouvrages, veillé à leur conservation et aux modalités de leur exposition.

[9] Nous remercions chaleureusement Antoine Courtin et Maï Delhomme pour ce projet, le premier pour l’avoir élaboré, la seconde pour l’avoir en partie réalisé.



Bastien Rueff
Chargé d’études et de recherche dans le domaine Histoire de l’art antique et de l’archéologie (dir. Cécile Colonna)

 

Publié par Chloé BONNAMY le 22 novembre 2018 à 11:00

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