L'art des jardinsPromenade dans les collections de la bibliothèque

Pierre Aveline, Vue de jardin, dans l'Architecture à la mode, bibliothèque de l'INHA, 4 Est 420 (2). Cliché INHA

Le 16 novembre 2015, la Société nationale d'horticulture de France (SNHF) organise une journée d'étude intitulée « Les jardins : bibliothèques et chercheurs, ensemble pour partager, valoriser, éclairer ». Cette journée rassemblera des spécialistes de l'horticulture, des bibliothécaires, des historiens et archéologues des jardins. Elle fait suite à la mise en ligne d'Hortalia, la bibliothèque numérique de la SNHF.

À cette occasion, voici donc une promenade à travers les collections de livres anciens de la bibliothèque de l'INHA illustrant l'histoire de l'art des jardins !

Traités, plans et dessins, modèles et fantaisies : essai de typologie

Les collections de livres et d'estampes anciens fournissent de nombreuses sources pour l'historien ou l'amateur de jardins.

En premier lieu, des traités, pratiques ou théoriques, expliquent comment concevoir et entretenir les jardins, que ceux-ci soient utiles ou dédiés à l'agrément. Ils sont l'œuvre de jardiniers, d'architectes, de paysagistes, ou d'amateurs. Parmi ceux-ci, la bibliothèque conserve les traités des jardiniers Claude et André Mollet, le Traité du jardinage (1638) de Jacques Boyceau, l'Instruction pour les jardins fruitiers (éd. de 1756) de Jean-Baptiste de La Quintinie, la Théorie et la pratique du jardinage (1722) de Dézallier d'Argenville.

La deuxième catégorie d'ouvrages rassemble les estampes représentant des palais et résidences fameuses, en incluant leurs jardins. Dotées de plans précis, ces vues descriptives de réalisations exemplaires peuvent aussi à leur tour servir de modèles. Parmi les exemples les plus célèbres, citons, au XVIe siècle, les Plus excellents bastiments de France de Jacques Androuet du Cerceau, ou, au XVIIe siècle, les vues des jardins et résidences royales publiées dans la collection du Cabinet du roi.


Jacques Androuet du Cerceau, "Vallery", dans Le premier volume des plus excellents bastiments de France..., Paris, 1576, bibliothèque de l'INHA, Fol Res 538 (1). Cliché INHA

Le prestige des jardins du Grand siècle se déploie aussi, pendant la première moitié du siècle suivant, dans l'extraordinaire compilation de l'Architecture à la mode... : mêlées à des planches concernant tous les domaines de l'architecture et des arts décoratifs, les représentations de jardins conçus par André Le Nôtre et Michel Le Bouteux, y ont un statut de référence.

Puis la vogue du jardin à l'anglaise est illustrée par la collection des Jardins anglo-chinois de Georges Louis Le Rouge. Celle-ci mêle plans et représentations de jardins existants et jardins de fantaisie « chinois ». Une place importante y est accordée aux divers pavillons et fabriques, de styles variés (chinois, mauresque, gothique...), qui ornent désormais les parcs.


Georges Louis Le Rouge, Onzième cahier des Jardins anglo-chinois à la mode, Paris, 1784, pl. 2, bibliothèque de l'INHA, 4 Res 216 (11). Cliché INHA

Enfin, une dernière catégorie concerne les recueils de gravures de modèles : s'éloignant de jardins existant réellement, ces estampes sont destinées à inspirer commanditaires, architectes et jardiniers. Certains de ces recueils, comme ceux de Vredeman de Vries , sont des suites de formes de jardins ; d'autres, plus nombreux, proposent des séries d'éléments d'ornementation tels que statues, vases, fontaines.

Art des jardins et broderie

Le rapprochement des jardins avec les modèles d'arts décoratifs de la collection de recueils d'ornements de la bibliothèque est fécond. Dans son traité de 1722, Dézallier d'Argenville insiste sur le caractère essentiellement ornemental des parterres : « Les compartimens & broderies des parterres sont tirées des figures de géométrie, tant de lignes droites, que circulaires, mixtes, &c. Il entre dans leur composition differens desseins, comme rinceaux, fleurons, palmettes, feuilles refendues, becs de corbin, traits, nilles, volutes, nœuds, agraffes, chapelets, greines, culots, cartouches, attaches, feuilles tronquées, dents de loup ou tréfiles, panaches, compartimens, guillochis ou entrelas, enroulemens, massifs & coquilles de gazon, sentiers, plates-bandes , &c. »

Les parterres du XVIe siècle sont proches des modèles de mauresques, dont les premières gravures publiées étaient initialement destinées aux brodeurs. Ci-dessous, un exemple parmi d'autres : des modèles de parterres d'André Mollet, datables des années 1580 (à gauche), en regard de gravures sur bois de Peter Flötner, dans une édition de 1549 (à droite).

 

Au XVIIe siècle, le « parterre de broderie » règne dans les jardins à la française. Formé à partir d'un délicat tracé de buis se détachant sur un fond minéral coloré, il est disposé à proximité des bâtiments, d'où ses motifs, inspirés de l'ornementation des étoffes, peuvent être admirés depuis une certaine hauteur. André Le Nôtre conçoit de tels parterres à Versailles, Meudon, Saint-Germain, etc.

Les gravures les représentant dans l'Architecture à la mode permettent de nouveaux rapprochements : d'une part, logiquement, avec des modèles de broderie contemporains, tels ceux proposés par Paul Androuet du Cerceau, mais aussi, de manière plus éloignée, avec les modèles d'orfèvrerie parisiens des années 1620, dans le style « cosses de pois ».

 

En savoir plus

Retrouvez de nombreux livres et images sur l'art des jardins disponibles en ligne :

Références bibliographiques

Lucie Fléjou

Service du patrimoine

Publié par lflejou le 13 novembre 2015 à 18:45

1 commentaire(s)

  • Commentaire de Alizee posté le 13 novembre 2015 à 19:04

    Très bel article! Les liens entre broderies et jardins sont fascinants notamment sur le caractère ornemental des parterres. Merci!

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