« Indisponible », « En traitement », « En reliure » : la conservation des collections (1/5)Une série de billets de blog pour découvrir une mission discrète mais primordiale de la bibliothèque

Quelques outils utilisés quotidiennement à l'atelier des petites réparations. Cliché INHA

Dans le premier volet de cette nouvelle série, nous vous proposons de découvrir des missions du service de la Conservation et des magasins à la bibliothèque de l’INHA.

Depuis sa création en 2001, l’Institut national d'histoire de l'art (INHA) assure « la constitution, la conservation, l’enrichissement et la valorisation de ses collections propres et des collections qui lui sont confiées, réunies en bibliothèque. »

Constituée de collections anciennes, telle que la collection Jacques Doucet et une partie des collections de l’ancienne Bibliothèque centrale des musées nationaux, et enrichie de documents acquis rétrospectivement, la bibliothèque de l’INHA possède de nombreux livres fragiles, parmi lesquels certains exemplaires rares, voire uniques. La valorisation des collections se fait par leur mise à la disposition de publics très divers et la numérisation de documents libres de droit, rendus accessibles à distance.

La mission de conservation de la bibliothèque détermine et influence de très près la communication de ces documents. La politique de numérisation en est partiellement héritière, puisque la sélection des documents à numériser s’articule entre le besoin des lecteurs et celui de la sauvegarde des documents : la bibliothèque favorise ainsi la numérisation des fonds précieux les plus demandés, pour que les originaux ne soient plus consultés qu’à titre exceptionnel. Les documents patrimoniaux, dont l’accès est étroitement encadré et parfois restreint, répondent aussi à une logique de conservation.

« Bibliothèque de conservation »

La bibliothèque de l’INHA est donc une « bibliothèque de conservation » par décret ministériel, ce qui implique notamment qu’on lui confère les moyens humains et matériels nécessaires à la bonne préservation de ses collections, comme c’est le cas des musées pour les œuvres exposées ou en réserve.

Une équipe consacre son travail à cette mission. Regroupée au sein d'un service de la Conservation et des magasins, elle est composée d’assistants de conservation, de magasiniers et de techniciennes d’art (relieuse-doreuse et restauratrice), épaulés par une petite équipe de moniteurs étudiants formés aux « petites réparations ».

La conservation préventive correspond à un ensemble d’actions que le service de la Conservation et des magasins, et d’autres services, mettent en œuvre pour assurer la pérennité des collections et l’intégrité physique des documents : conditionnement, équipement avant communication, bonne manipulation… La température et l’hygrométrie des magasins fermés sont contrôlées et maintenues à des seuils prédéterminés pour créer un environnement climatique optimal. Les équipes de la bibliothèque sont sensibilisées pour veiller à assurer la bonne tenue des documents dans les magasins. Un livre maintenu droit et ne supportant que la contrainte de son propre poids est un livre qui ne se déforme pas, et ce faisant, les différents éléments qui le constituent restent solidaires. Nous aurons l’occasion de revenir plus en détail sur la conservation préventive dans un autre billet de blog de cette série dédiée à la conservation en bibliothèque.

Des documents en attente de réparation, avec leur fiche de suivi. Cliché INHA
Des documents en attente de réparation, avec leur fiche de suivi. Cliché INHA

La conservation curative pratiquée à l’atelier de reliure et de restauration a été présentée dans des billets antérieurs. Elle concerne généralement des documents rares et précieux, mais aussi les interventions trop coûteuses pour être confiées à des prestataires extérieurs. Ils nécessitent une expertise particulière et des interventions de restauration bien spécifiques.
Les documents pour lesquels sont menées la plupart des opérations de « petites réparations » sont ceux dont la consultation est la plus fréquente et dont l’état doit rester bon pour que cela puisse continuer. Il s’agit généralement de documents provenant des collections courantes en magasins ou en libre-accès.

L’atelier des petites réparations voit passer des centaines de livres abîmés ou fragilisés qui ont été repérés directement sur les rayonnages par les moniteurs étudiants du service de la Conservation et des magasins, ou bien mis de côté lors de leur retour de communication en salle, grâce à la vigilance des magasiniers et moniteurs étudiants en poste à la banque de communication.

Dans l’atelier, après avoir été formés aux petites réparations par un relieur du service, les moniteurs étudiants du service réalisent les opérations de réparation et de conservation les plus courantes, mais qui ne comptent pourtant pas parmi les plus simples. Leur mise en œuvre exige de la minutie et un soin particulier, de sorte que les interventions permettent au document de repartir pour de nombreuses années de communication. Tous les moniteurs agissent sous l’œil expert du responsable de l’atelier. C’est lui qui change le statut des documents prélevés pour réparation, c’est-à-dire qu’il fait en sorte que tout au long de son processus de réparation, un livre ne soit plus consultable. Dans le catalogue de la bibliothèque, des mentions particulières font alors leur apparition : « en reliure », « en réparation » ou encore « opération extérieure de préservation ».

Quelques outils utilisés quotidiennement à l'atelier des petites réparations. Cliché INHA
Quelques outils utilisés quotidiennement à l'atelier des petites réparations. Cliché INHA

Quid des documents les plus fragiles ?

Les documents qui ont été repérés comme les plus fragiles sont conservés dans des pochettes au Ph neutre. Si leur communication est encore possible, ils portent la mention « communication surveillée » : le livre est alors consulté par le lecteur sous la surveillance des agents de la banque de communication.

La bonne conservation dépend de la responsabilité de tous ceux qui sont en contact avec les collections. Malgré toutes les précautions, certains documents se dégradent irrémédiablement. C’est le cas de ceux dont le papier est acide, du fait de la pâte à papier mécanique qui le compose, à base de bois (cela concerne beaucoup de livres publiés entre 1850 et 1930). Ce type de papier est devenu très cassant avec le temps : la moindre manipulation entraîne des déchirures et la désagrégation du document. À ce stade, la conservation prévaut sur la communication et le document est rendu « incommunicable ». Les lecteurs sont aiguillés vers les autres exemplaires disponibles, ou bien vers une version numérique si elle existe. Les documents dont la fragilité a été repérée et qui sont consultables sur Gallica ou la bibliothèque numérique de l’INHA sont mis d’office en « incommunicables ».

Un problème se pose pourtant, car les livres les plus fragiles sont souvent les plus anciens, ce qui peut impliquer qu’ils soient devenus assez rares. Ainsi, il est des documents qui sont incommunicables alors même qu’ils constituent l’unique exemplaire disponible en bibliothèque sur le territoire national.
Dans les semaines à venir, Sous les coupoles proposera plusieurs billets de blog pour présenter un panorama de ces différentes activités, dont certaines ont été mentionnées ici, et d’autres plus inattendues, comme l'intervention du service dans le cadre des dons de particuliers.

Alix Saunier,
service de la Conservation et des magasins

Publié par Ludivine SCHOTT le 10 juin 2020 à 14:00

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