Histoire de l'art, médiation et confinementUne fenêtre sur les oeuvres ?

Les Œuvres de miséricorde données à l'Ecole nationale gratuite de dessin par Monsieur et Madame d'Aremberg, s. l. n. d.. Paris, bibliothèque de l'INHA, 4 EST 518. Cliché INHA

Représentations théâtrales, opéras, concerts, cinéma, conférences, MOOC : au cours des plus de deux mois de confinement, l’offre culturelle numérique a grandi de façon exponentielle sous la bannière « Culture chez nous », dont la partie institutionnelle est rassemblée sur le site du ministre de la Culture. Un nombre impressionnant d’initiatives créé à l'occasion a été mis en ligne par le monde culturel afin de continuer à exister pour le public des petits et grands, et de permettre à ce dernier d’enrichir ce temps particulier, lorsqu’il en avait la possibilité et l’envie. Alors que les réouvertures s'annoncent progressivement, ce billet vous propose une sélection de ces propositions, aux formats audio et vidéo, s’adressant à un public adulte, dans le secteur des arts plastiques et de l’histoire de l’art. Elle ne se veut évidemment pas exhaustive, n’hésitez pas à nous indiquer ce qui vous a plu en commentaire !

Visites virtuelles et expositions

Ne pouvant plus recevoir le public, les musées et sites ont accentué la mise en valeur de leurs collections et de leurs connaissances en ligne. Si leurs salles ont fermé, plusieurs institutions en proposent une visite virtuelle, invitation récente ou qui a été particulièrement mise en avant durant la fermeture des sites : c’est le cas du Louvre, de la Piscine de Roubaix, des musées de la Ville de Paris, de la fondation Monet à Giverny et de beaucoup d’autres, français ou étrangers, sur la plateforme de Google Arts & Culture, comme le Rijksmuseum d’Amsterdam ou les Offices de Florence. Sans compter l'installation sur le jeu Animal Crossing du Museum d'Angers !

Ces visites virtuelles s’inscrivent parfois dans une valorisation plus large des collections en cette occasion particulière, comme au musée des beaux-arts de Nantes, qui a à cœur de s’adresser à un large public. Le musée des Arts décoratifs de Paris non seulement se visite, mais ses équipes présentent également leurs objets préférés. Le château de Versailles nécessite une application spécifique pour la visite virtuelle, mais des live sont organisés puis mis en ligne autour de visites thématiques. Tous les musées de l’État de Berlin, leurs visites et leurs contenu se retrouvent sous #SMBforHome.

Page d'une des visites virtuelles proposées sur le site du musée des beaux-arts de Nantes (consultée le 25 mai 2020).
Page d'une des visites virtuelles proposées sur le site du musée des beaux-arts de Nantes (consultée le 25 mai 2020).

Arrêtées en plein vol ou obligées de reporter leur ouverture, les expositions ont cependant trouvé le moyen de vivre en ligne, par des visites virtuelles ou des présentations par les commissaires, pour maintenir l’envie de visite en attendant la réouverture. C’est notamment le cas de l’exposition Pompéi, qui devait ouvrir le 25 mars au Grand-Palais et qui, devenue « Pompéi chez vous » a bénéficié de la mise en ligne d’une série de contenus numériques, sous diverses formes, de l’audioguide à la réalité virtuelle, en passant par une série de vidéos sur les sites, les fouilles, les dessins, etc. Ailleurs, le musée Jacquemart-André propose une visite virtuelle de son exposition sur les dessins et aquarelles de Turner prêtés par la Tate, qui devait débuter le 13 mars, et le château de Chantilly une visite vidéo par le commissaire de l’exposition Raphaël à Chantilly, le maître et ses élèves. Le musée des beaux-arts de Caen diffuse quant à lui des « Chroniques ardentes » pour préparer son exposition Villes ardentes. Art, travail, révolte 1870-1914, qui devait ouvrir le 4 avril. Ce type d’initiatives se retrouvent hors de France, dans les musées flamands par exemple, avec leur « Stay at Home Museum » valorisant les maîtres flamands (en anglais)  ̶  dont Jan van Eyck, objet d’une exposition qui devait se terminer le 30 avril.

Parler des œuvres

Outre les expositions, nombreuses ont été les initiatives de mise avant de contenus sur les œuvres elles-mêmes, s’appuyant sur un travail de fond mené bien avant le confinement et sur la connaissance des collections par ceux et celles qui s’en occupent. Arte a par exemple mis en ligne une série intitulée « Seul.e au musée », où des conservateurs parlent d’une œuvre de leur institution, alors que le rédacteur de Connaissance des Arts, Guy Boyer, a mis en place son « Midi et quart, histoire de l’art » parlant d’une œuvre en quelques minutes à partir de notices de catalogue. Le musée Guimet fait quant à lui découvrir ses réserves, avec les vidéos « Guimet underground». Le marché de l’art n’a pas été en reste, avec des initiatives de formats variés, depuis les « Artidotes of the week » de la galerie Eric Gillis (en anglais), aux vidéos et podcasts d’entretiens et de visites de la galerie Perrotin (en anglais) ou la viewing room de la galerie Templon.

La série audio "Le retable d'Issenheim sous toutes les coutures", par le musée Unterlinden (consulté le 25 mai 2020).
La série audio "Le retable d'Issenheim sous toutes les coutures", par le musée Unterlinden (consulté le 25 mai 2020).

Outre le médium vidéo ou interactif, les podcasts, format d’émissions audio disponibles en ligne ou sur des applications dédiées, ont également été utilisés comme un moyen apparemment paradoxal de parler des œuvres, des artistes, de l’art. Selon une pratique déjà observée durant les incendies de l’automne 2019, le Getty Center a produit plusieurs épisodes spécifiquement dédiés à la gestion du site pendant la crise (Art + Ideas, en anglais). D’autres ont mis en ligne des commentaires d’œuvres, non rattachées à une exposition événement, mais tirées de leurs collections, comme le Louvre-Lens. Le musée Unterlinden développe lui sur 6 épisodes le retable d’Issenheim, commenté par Pantxika De Paepe et dont le contexte de production n’est pas sans lointainement rappeler le contexte actuel. De même, Le Son de peinture a été lancé pendant le confinement et prévoit de commenter 350 œuvres des musées français en 2 minutes.

La floraison des réseaux sociaux

Il serait impossible d’énumérer les initiatives développées sur les réseaux sociaux tellement l’offre a été pléthorique, ces plateformes s’adaptant particulièrement bien à la situation et permettant une communication directe. Formats courts vidéo, threads sur Twitter, stories sur Instagram, nombreux sont les contenus proposés par les institutions, soit créés pour l’occasion, soit remis en avant : les commentaires d’œuvres du musée d’Orsay sur #DansNosCollections ou du FRAC Île-de-France sur #laCollectionàlaMaison, l’humour autour de l’exposition Wisigoths du musée d’archéologie de Toulouse, la mise en avant d’un article par jour par l’École du Louvre, ne représentent qu’une infime partie des publications. Les conservateurs n’ont pas été en reste, comme Marine Kisiel , également conseillère scientifique à l'INHA, qui raconte le peintre James Tissot sur son compte Instagram, en attendant que l’exposition dédiée à l’artiste ouvre au musée d’Orsay, ou Nicolas Milanovisc et ses fiches de commentaires d’œuvres.

Sortant d’un discours unilatéral, les particuliers du monde entier aussi se sont massivement réappropriés des œuvres d’art de tous genres, de manière souvent très inventive, parfois pleine d’humour, sous les mots-dièse #tussenkunstenquarantaine, #GettyMuseumChallenge, #BetweenArtandQuarantine ou #Artenquarantaine.

Réinterprétation du tableau Le Talisman, de Paul Sérusier, par @JudTal sur Twitter.
Réinterprétation du tableau Le Talisman, de Paul Sérusier, par @JudTal sur Twitter.

 Sophie Derrot

Publié par Sophie DERROT le 27 mai 2020 à 10:00

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