Journées européennes du patrimoine 2018Exposition « Art du partage - partage de l'art »

Georges Devisme, Antoine Maxime Monsaldy, Vue des ouvrages de peinture des artistes vivans, exposés au Museum central des Arts en l'an VIII de la R[épublique] f[rançaise], Paris, eau-forte, an VIII (1800)

Comme chaque année, l'Institut national d'histoire de l'art ouvre ses portes pour les Journées européennes du patrimoine le weekend des 15-16 septembre 2018.

Entre autres manifestations, la bibliothèque proposera aux visiteurs un choix de vingt documents datant du XVIe au début du XXe siècle, illustrant la variété de ses collections. Ces documents invitent à s'interroger sur le thème annuel des Journées, l'art du partage : que partage-t-on ? Comment partage-t-on, et quelles limites au partage ? Comment, dans un État moderne, partager entre tous les citoyens un patrimoine culturel commun, et comment le partager au-delà de ses frontières ?

L'exposition s'ouvre sur une composition de Raymond Charmaison (1876-1955) coloriée au pochoir (Les Jardins précieux,1919). Le jardin est le lieu de partage par excellence, une image du paradis dont l'espace, les produits et les plaisirs se partagent. Au sortir de la Première Guerre mondiale, Charmaison en donne une vision moderne, chatoyante, tour à tour influencée par la Rome antique, le Moyen Âge, l'Orient et les bords de la Méditerranée.

Raymond Charmaison, La Salle Verte (Les Jardins précieux, 1919, bibliothèque de l’INHA, Fol Est 670). Cliché INHA
Raymond Charmaison, La Salle Verte (Les Jardins précieux, 1919, bibliothèque de l’INHA, Fol Est 670). Cliché INHA

Plus loin, la figure de saint Martin s'impose pour rappeler les sources chrétiennes du partage en Europe, ici mise en scène par Adolphe Beaufrère (1876-1960) dans une pointe sèche de 1927. Beaufrère faisait partie des artistes soutenus par le critique d'art Noël Clément-Janin (1862-1947), chargé par Jacques Doucet de constituer un cabinet d'estampes modernes au sein de sa Bibliothèque d'art et d'archéologie.

Adolphe Beaufrère, Saint Martin et le pauvre, pointe sèche, 1927, bibliothèque de l’INHA, EM Beaufrère 229. Cliché INHA
Adolphe Beaufrère, Saint Martin et le pauvre, pointe sèche, 1927, bibliothèque de l’INHA, EM Beaufrère 229. Cliché INHA

Plus loin encore, quelques documents évoquent comment s'est constitué, à partir du XIXe siècle, un patrimoine artistique partagé par tous. Il fallut pour cela l'émergence d'œuvres iconiques, mondialement connues, comme la tapisserie de Bayeux ou la Joconde. Si célèbres soient-elles aujourd'hui, ces œuvres ne l'ont pas toujours été par le passé. La Joconde elle-même ne fut accrochée dans la Salon Carré, salle la plus prestigieuse du Louvre, qu'en 1851. C'est paradoxalement son vol par un Italien, en 1911, qui acheva d'en faire une star internationale. Cette histoire rocambolesque suscita un battage médiatique sans précédent dont témoigne le dossier de défense de l'antiquaire Alfredo Geri, impliqué dans l'affaire (ci-dessous). Elle n'est d'ailleurs pas sans soulever la question, toujours pendante aujourd'hui, de la restitution des œuvres d'art mal acquises : le voleur disait avoir agi par patriotisme, pour rendre la Joconde à l'Italie. Si la Joconde a bien été acquise par François Ier en toute légalité, cette question se pose pour quantité d'œuvres issues de vols ou de pillages qui ornent les musées à travers le monde.

Affaire du vol de la Joconde, coupures de presse, 1911-1918 (dossier pour la défense de l'antiquaire Alfredo Geri, bibliothèque de l’INHA, Ms Bcmn 604). Cliché INHA
Affaire du vol de la Joconde, coupures de presse, 1911-1918 (dossier pour la défense de l'antiquaire Alfredo Geri, bibliothèque de l’INHA, Ms Bcmn 604). Cliché INHA
 

Centenaire de la Première Guerre mondiale oblige, l’exposition se clôt sur une autre forme de partage : dans ses lithographies de guerre (1914-1916), Steinlen esquisse le tableau d’un peuple en prise avec un événement traumatique, tissé de séparations, d'attentes, de retrouvailles, de deuils.

Théophile Alexandre Steinlen, Les Voilà !, lithographie, 1916, bibliothèque de l’INHA, EM Steinlen 45. Cliché INHA
Théophile Alexandre Steinlen, Les Voilà !, lithographie, 1916, bibliothèque de l’INHA, EM Steinlen 45. Cliché INHA

L’exposition sera visible dans l’allée centrale de la salle de lecture (salle Labrouste) les samedi 15 et dimanche 16 septembre 2018 de 10 à 19 heures.

Jérôme Delatour
Service du patrimoine

 

Publié par Jérôme DELATOUR le 13 septembre 2018 à 13:00

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