Un Trésor de couleursla photochromie de Léon Vidal

Paul Dalloz, Le Trésor artistique de la France, 1878, photochromie, Bibliothèque de l'INHA, NUM FOL EST 754 (2). Cliché INHA

Parmi les dernières nouveautés mises en ligne sur la bibliothèque numérique figure le Trésor artistique de la France.
Éditée sous forme de livraison mensuelle, cette publication était destinée à vulgariser le patrimoine français par un choix d’œuvres remarquables. Elle fut initiée en mars 1878, comme annoncé dans la Bibliographie de la France ou Journal général de l'imprimerie et de la librairie (1878, p. 381), par une 1ère livraison consacrée à la Galerie d'Apollon du Musée du Louvre et plus particulièrement à la cassette de Saint-Louis, un coffret contenant des reliques de Saint Louis donné par Philippe le Bel à l'abbaye Notre-Dame-du-Lis.
Les notices descriptives des œuvres rédigées par des historiens ou critiques d'art reconnus tels que Paul Mantz (1821-1895) ou Georges Lafenestre (1837-1919), sont accompagnées d'illustrations.
Si de prime abord cet ouvrage s'apparente à un catalogue illustré classique il comporte en réalité une véritable originalité puisque les illustrations sont des photographies en couleurs réalisées grâce au procédé mis au point par Léon Vidal (1833-1906) : la photochromie.

 

 Paul Dalloz, Le Trésor artistique de la France, 1878, photochromie, Bibliothèque de l'INHA, NUM FOL EST 754 (2). Cliché INHA
Paul Dalloz, Le Trésor artistique de la France, 1878, photochromie, Bibliothèque de l'INHA, NUM FOL EST 754 (2). Cliché INHA

 

L'intérêt des photographes pour la couleur remonte à l'invention même du daguerréotype. En effet, dès 1840 apparait une première pratique de coloriage des plaques par dépôt de colorants ou de pigments. La qualité de la photographie obtenue dépendait alors entièrement de l'habileté et des capacités de coloriste de celui qui retouchait au pinceau. Cette technique ne put satisfaire que provisoirement les attentes du grand public ; les photographes poursuivirent leurs expérimentations pour relever le défi de la couleur et s'approcher des teintes réelles observées. Physiciens, inventeurs, chimistes et photographes se penchèrent sur la question et entreprirent des travaux en ce sens : Edmond Becquerel (1820-1891), Abel Niépce de Saint-Victor (1805-1870), Louis Ducos du Hauron (1837-1920) ou encore Charles Cros (1842-1888), dont les essais peuvent également être consultés sur la bibliothèque numérique.
Léon Vidal s'inscrit dans cette quête d'un rendu naturel des couleurs, il dépose le brevet de son « Procédé d'impression d'images photochromiques » en décembre 1872 et en présente, quelques mois plus tard, une description sommaire à l'Académie des sciences le 4 août 1873 (Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, tome 77, p. 340-342). Son processus, basé sur la production d’images photographiques polychromes imprimées par reproduction photomécanique à partir d'un seul négatif, vise une application industrielle. L'objectif de Vidal lorsqu'il développe la photochromie est de donner une place essentielle à la photographie couleurs dans l'illustration des ouvrages. Séduit par cette innovation, Paul Dalloz (1829-1887) alors directeur du Moniteur universel met à la disposition de Vidal ses ateliers et des financements. Ensemble ils décident d'entreprendre la publication du Trésor artistique de la France. L'ouvrage semble même avoir été édité dans l'unique but de permettre à Vidal de mettre en oeuvre son procédé, ainsi qu'il est indiqué dès la toute 1ère phrase de la préface : « c'est à l'inventeur de la photochromie que le monde des arts sera redevable de la publication que nous entreprenons aujourd'hui, sans la découverte de M. Léon Vidal, cet ouvrage [...] n'eût pu être exécuté ».
L’Exposition universelle qui ouvre ses portes à Paris au moment de la parution leur offre une tribune idéale pour promouvoir leur publication et la photochromie. Dalloz y finance un pavillon spécifique et le photographe y anime des démonstrations expérimentales. Vidal se voit attribuer la médaille d'or par le jury international de la section de photographie. Succès public et reconnaissance des pairs sont au rendez-vous. « Jamais idée plus ingénieusement simple ne détermina effet plus saisissant », déclarera même Nadar (1820-1910) dans son autobiographie Quand j'étais photographe.
Le Trésor artistique de la France remplit sa mission, énoncée dans la préface, de « mettre, pour ainsi dire, entre les mains de chacun les trésors de nos Musées nationaux ». A l'effet de réel obtenu par le rendu exact des couleurs est ajouté une dimension de profondeur par des choix de fonds et de cadres qui confèrent aux objets un certain modelé. Remarquable par l'avancée technique qu'il présente, l'ouvrage l'est aussi parce qu'il renouvelle le discours sur l'art. Comme le souligne le peintre et émailleur Claudius Popelin « l’excellente reproduction que le lecteur a sous les yeux nous rend toute description superflue ». Ainsi, la véracité des illustrations dispense les auteurs de notices d'un descriptif poussé leur permettant de centrer leur propos sur un véritable commentaire historique et critique des œuvres.
 
La publication prend fin en 1879, sans doute à cause du coût des livraisons, qui porte le prix d'un volume à 240 francs, somme très élevée pour une majorité du public de l'époque. Par la suite, Vidal eu encore loisir de communiquer sur ses recherches grâce à sa nomination au poste de professeur à l'École nationale des Arts Décoratifs en 1879, ainsi qu'à la publication de nombreux ouvrages sur les procédés de chromie dont un Manuel pratique d'orthochromatisme (1891) et un Traité pratique de photochromie (1903).

 

 


Paul Dalloz, Le Trésor artistique de la France, 1878, photochromie, Bibliothèque de l'INHA, NUM FOL EST 754 (2). Cliché INHA

 

EN SAVOIR PLUS

 

Élodie Desserle

Service de l'informatique documentaire

Publié par Elodie Desserle le 27 juillet 2017 à 09:48

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