Les expositions de l’association FAR en salle LabrousteDe janvier à juin 2024

Amélie Beaury-Saurel, Nos Éclaireuses, 1914, reproduction en carte postale du tableau disparu, s. d., collection Clémence Rinaldi

Créée en 2023, l’association FAR (Femmes artistes en réseaux, documentation et archives des sororités artistiques (XIXe-XXe siècles) a pour objectif de retracer, documenter, localiser et sauvegarder les archives de ces réseaux afin de faire connaitre l’histoire collective – parfois féministe et militante – des groupes d’artistes femmes, entendus de manière extensive. Leurs membres ainsi que les critiques et historiennes de l’art qui s’y sont intéressées font également partie des protagonistes concernées par la démarche de l’association. Parmi ces groupes qui constituent les objets d'études des membres du FAR sont répertoriés notamment, et sans s’y restreindre, l’Union des femmes peintres et sculpteurs (UFPS), les Femmes artistes modernes (FAM), Féminie-Dialogue, le collectif Femmes/Art, ainsi que Les Femmes en lutte ou encore les Contemporaines (peinture et sculpture) et le Lieu-Dit.

Dans le cadre de la résidence INHALab, l’association FAR investit la salle Labrouste de la bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l’art pour mettre à l’honneur les sources d’étude des trajectoires de femmes artistes et des réseaux dans lesquels elles s’inscrivent. Ceux-ci ont pu prendre la forme de groupes formalisés, non-mixtes pour la plupart, qui ralliaient les artistes femmes autour de l’organisation d’expositions ou de salons, d’espaces de sociabilité et de création, ou autour d’autres projets collectifs comme la rédaction de revues militantes et artistiques. Il peut s’agir également, de manière plus fluide, de réseaux de formation, de marché, d’influences, de collections, d’amitiés ou de liens avec le monde de la critique d’art ou du marché. 

Les archives – lorsqu’elles ont été conservées et nous sont parvenues – représentent une matière essentielle pour comprendre les fonctionnements des systèmes artistiques et la manière dont les femmes y ont été intégrées ou, au contraire, en ont été exclues. Leur transmission est en revanche compliquée par différentes problématiques, au centre desquelles figure le manque de reconnaissance dont les artistes femmes et leurs espaces de sociabilité ou de création ont souffert.

La première vitrine de la première exposition en salle Labrouste. Photo FAR.
La première vitrine de la première exposition en salle Labrouste. Photo FAR.

Les expositions présentées au sein de la salle Labrouste sont ainsi l’occasion de mettre en valeur la très grande diversité à la fois des groupes d’artistes femmes et de leurs archives. Y sont associés des documents déjà conservés au sein des fonds patrimoniaux de la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art et des documents gardés en main privée, qui attendent une patrimonialisation officielle et pérenne. Ces documents parfois inédits ont été fournis par des descendants et descendantes d’artistes, d’anciennes membres de ces collectifs, ou collectés par les chercheuses du FAR au cours de leurs travaux respectifs.

À raison d’une exposition par mois environ, cette résidence est l’occasion de brosser un portrait riche et varié des différentes déclinaisons qu’ont pu prendre les réseaux de femmes artistes en France entre la fin du XIXe et du XXe siècles. L’enjeu est aussi de montrer la complémentarité de ces documents avec les collections de l’INHA grâce à l’appui des équipes de la bibliothèque dans le choix des archives et ouvrages à présenter lors de ces expositions.

Trois vitrines sont installées dans le U de la salle Labrouste de la bibliothèque de l’INHA, elles sont accessibles pendant les heures d’ouverture de la bibliothèque de recherche. Chaque exposition est thématique et s’articule autour d’un ou plusieurs réseaux de femmes artistes. Les textes et cartels ainsi que les photographies des documents disposés dans les vitrines de la salle Labrouste sont aussi publiés au même moment sur ce carnet de recherche du FAR, afin d’en garder une trace et de diffuser ce travail au plus grand nombre, notamment aux personnes n’ayant pas accès à la bibliothèque de recherche.

Vue des vitrines de l'exposition en salla Labrouste, avec les flyers au premier plan. Photo INHA.

22 janvier-26 février : L’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs (1881-1995)

Créée en 1881 par la sculptrice Hélène Bertaux, puis dissoute en 1995, l’Union des femmes peintres et sculpteurs (UFPS) est la plus ancienne association d’artistes femmes en France, mais aussi celle dont la durée de vie a été la plus longue. À partir de 1882, l’UFPS organise une exposition annuelle en non-mixité, appelée parfois le Salon des Femmes. Cette première exposition revient sur son histoire et retrace depuis le XIXe siècle les origines militantes de l'association en faveur de la reconnaissance et de la professionnalisation des femmes artistes. Elle aborde également la tradition des « femmages » instaurée par le collectif qui se poursuit tout au long de son existence. L'ambition de ces événements est alors de constituer une véritable histoire de l'art des femmes, par les femmes et à destination des femmes, afin de leur délivrer des modèles d'identification. Une vitrine met également en avant des lettres d’Hélène Bertaux et de son mari, ainsi que des catalogues d’exposition de l’UFPS conservés dans les collections patrimoniales de l'INHA.

À l’occasion de cette première exposition, les membres de l’association FAR ont effectué une sélection non exhaustive de dix ouvrages de référence sur les femmes artistes et leurs réseaux présents dans les collections de la bibliothèque. Ils sont également présentés dans le U de la salle Labrouste.

4-25 mars : Les Femmes artistes modernes

Dans les années d’entre-deux-guerres, l’UFPS et ses salons font face à un certain nombre de critiques portant sur le style des artistes qui exposent, jugé trop académique et catégorisé comme un défaut « féminin ». La société des Femmes artistes modernes (FAM), fondée par Marie-Anne Camax-Zoegger en 1931, revendique l’apport des femmes à une certaine modernité artistique et organise ses salons jusqu’en 1938. Une sélection de catalogues issus des collections de l’INHA sera ainsi présentée à l’occasion de cette exposition afin de découvrir le contenu des salons des FAM ainsi que les réseaux de ces artistes femmes – parmi lesquelles on compte les peintres Suzanne Valadon, Marie Laurencin, Louise Hervieu, ainsi que les sculptrices Jane Poupelet et Yvonne Serruys. Ce sont aussi les cartons d'invitation, les correspondances et les écrits (presse, ouvrages) exposés qui permettront de cerner le fonctionnement de ces salons non-mixtes, leurs procédés et les différents types de personnalités impliquées (artistes, organisatrices, comités de sélection, critiques d'art, auteurs et autrices…).

8 avril-6 mai : Les revues des femmes artistes, XIXe – XXe siècles

Les années 1960 et 1970 sont marquées par une explosion de la presse militante et féministe. L’existence de revues de femmes n’est cependant pas née dans ces années-là, puisque des initiatives similaires apparaissent dès le XIXe siècle. Loin de constituer des supports de diffusion anodins, les revues, auxquelles participent des créatrices, jouent un rôle majeur dans la définition et la diffusion d’une expression artistique féministe. Élaborées dans la non-mixité, réalisées artisanalement et collectivement, sorties de presses d’imprimeries souvent associatives et militantes, elles s’engagent afin de donner la parole aux artistes femmes et de mettre en valeur leurs créations. Elles constituent également des espaces de théorisation et de réflexion autour de leur pratique plastique, par l’intervention de critiques et d’autrices féministes. Elles servent aussi de point de départ à la naissance d’un réseau d’information artistique et féministe. Cette exposition est l’occasion de revenir sur certaines de ces revues, autant que sur leurs contributrices afin de prendre la mesure de leur diversité et leur inventivité.

Marine Scarnati, couverture de la revue Le Torchon brûle, n° 1, 1971, p. 1, en ligne.
Marine Scarnati, couverture de la revue Le Torchon brûle, n° 1, 1971, p. 1, en ligne.

13 mai-24 juin : Les lieux alternatifs féministes parisiens dans les années 1970

Dans la foulée des mobilisations féministes du début de la décennie, sous l’impulsion du Mouvement de libération des femmes, de nombreux espaces alternatifs réservés aux créatrices voient le jour à Paris. Ceux-ci prennent des formes diverses et variables : cafés associatifs, espaces d’exposition, maisons de femmes, groupes de création, lieux de débats, librairies. Cette multiplicité d’initiatives personnelles, bénéficiant de l’élan offert par la lutte des femmes, se caractérise par son hétérogénéité mais aussi par sa grande originalité. Une sélection de documents permet de rendre compte de la variété de ces lieux de rencontres et de manifestations, dont la préservation de la mémoire est rendue complexe par la dimension éphémère et spontanée qui les caractérise.

Association FAR

Eva Belgherbi, Anouk Chambard, Catherine Gonnard, Clémence Rinaldi, Camille Philippon, Franny Tachon

Publié par Sophie DERROT le 24 janvier 2024 à 13:50

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